Quand le corps parle après un deuil : comprendre les signes et retrouver un équilibre naturel
- Florence Many naturopathe

- 13 déc. 2025
- 6 min de lecture

Trois semaines après l’enterrement, vous vous réveillez avec une barre dans la poitrine. Aucune raison particulière. Juste ce poids que personne ne voit. Votre entourage pense que “ça va mieux”.
Votre corps, lui, raconte une autre histoire. Après une perte, beaucoup de personnes ressentent des changements physiques qu’elles ne s’expliquent pas : respiration différente, tensions, fatigue, sommeil perturbé. Ce n’est pas “dans la tête”. C’est le langage du corps quand il traverse quelque chose d’immense.
Cet article vous aide à comprendre ces manifestations, à reconnaître les signaux et à retrouver progressivement un équilibre naturel.

Le corps n’oublie rien : pourquoi le deuil s’exprime physiquement
Il existe des moments où l’émotion descend plus vite dans le corps que dans la pensée. Ce n’est pas une anomalie. C’est une manière de rester vivant quand tout vacille.
Lors d’un deuil, le corps traverse un choc émotionnel. Il mobilise alors plusieurs mécanismes naturels pour tenir : le souffle peut changer, les muscles se contractent, la digestion se ralentit ou s'accélère, l’énergie se replie pour se préserver.
Selon les travaux de Stephen Porges (2011), le système nerveux cherche avant tout à rétablir une forme de sécurité intérieure. Le corps répond au chagrin comme à un événement majeur.
Votre corps n’est pas en train de faillir. Il est en train de vous porter.

Les manifestations physiques du deuil : ce que votre corps essaie de dire
Chaque personne réagit différemment. Pourtant, certaines manifestations reviennent souvent.
1. Respiration courte ou haute dans la poitrine
Le souffle devient plus haut. Comme si l’espace manquait. Votre respiration se bloque juste sous les clavicules alors que vous pensiez aller “un peu mieux”.
2. Tensions dans la nuque, la mâchoire ou le ventre
Le corps se crispe pour tenir. C’est une forme de protection.
3. Digestion perturbée et appétit irrégulier
Le ventre réagit fortement aux émotions (Damasio, 2010). Appétit absent ou besoin de se remplir. Les deux sont des réactions naturelles.
4. Fatigue profonde, sensation d’être vidé(e)
Toute l’énergie est mobilisée pour tenir debout. Il reste peu pour autre chose.
5. Sommeil haché, rêves intenses, nuits agitées
Le système nerveux tarde à se poser. Le sommeil devient fragile.
6. Sensations moins visibles : flou, engourdissement, perception altérée
Certains décrivent un environnement “assourdi”, une impression de flottement, une sensibilité inhabituelle au toucher, un sentiment d’irréalité.
7. La temporalité du corps : immédiate, différée ou cyclique
Les manifestations peuvent apparaître tout de suite, plusieurs semaines plus tard ou revenir par vagues.
Respiration courte, tensions, digestion perturbée, fatigue intense, sommeil agité, perception altérée : ce sont des réactions naturelles d’adaptation.
Pour certaines personnes, le corps réagit très fort. Pour d’autres, il ne se passe presque rien au début. Parfois, c’est même l’hyperactivité, l’humour ou le fait de se plonger dans le travail qui prend le dessus. C’est aussi une manière de traverser ce moment.
Si vous cherchez des pratiques concrètes pour retrouver un appui intérieur, vous trouverez d’autres outils sur la page Ressources de mon site.
Retrouver un équilibre naturel : un chemin en trois étapes
Étape 1 — Observer sans se brusquer
Avant toute pratique, il y a ce geste essentiel : remarquer. Où ça serre ? Quand ? Comment ça change ? Pas pour corriger. Pour reconnaître.

Étape 2 — Créer des micro-refuges corporels
Respiration “main-poitrine / main-ventre”
Une main sur la poitrine, une sur le ventre. Respirez tranquillement. Laissez les deux zones bouger comme elles veulent.
Autres micro-refuges : lumière naturelle quelques minutes, boisson chaude, marche lente, automassages du ventre ou des clavicules.
Ces gestes murmurent au corps : “Tu es en sécurité.”
Étape 3 — Remettre du mouvement quand ce sera juste pour vous
Étirements, marche calme, yoga restauratif. Il ne s’agit pas de reprendre un rythme. Il s’agit de retrouver un mouvement intérieur.

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Un cas réel : quand le corps raconte avant les mots
ll y a aussi cette personne, dont je tairai le prénom par respect, qui a traversé le décès de sa maman il y a quelques années. Depuis cette perte, son corps a réagi d’une manière qu’elle ne comprenait pas : des troubles digestifs importants, un transit accéléré, une sensibilité soudaine à certains aliments qu’elle supportait très bien auparavant. Chez elle, la charge émotionnelle a trouvé ce chemin là pour s’exprimer : le corps a parlé en premier, bien avant que les mots ne puissent sortir.
Le corps comme un rivage : une métaphore pour comprendre
Le chagrin ressemble à une vague. Le corps, lui, est le rivage. La vague arrive, se retire, revient autrement. Le rivage s’adapte, accueille, résiste parfois. Puis il retrouve sa forme peu à peu. Parfois la même. Parfois un peu différente.
Et parfois, la vague laisse une empreinte plus profonde. Dans ces moments-là, se faire accompagner peut aider le corps et l’esprit à retrouver un appui.

Quand un accompagnement devient nécessaire
Certains signaux indiquent qu’un soutien plus structuré peut être utile : perte de poids importante, appétit très réduit ou absent sur la durée, insomnies sévères…
Ces signes montrent simplement que le corps a besoin d’être soutenu dans cette traversée.
Dans tous les cas, un suivi médical est important pour vérifier l’origine des symptômes physiques et assurer une surveillance adaptée dans cette période sensible.
Si vous sentez que vous avez besoin d’un soutien plus proche, je vous accueille en consultation à Brive, Meyssac ou en visio. Vous pouvez prendre rendez-vous ici.
FAQ
La naturopathie peut-elle accompagner le deuil ?
Oui. Elle soutient le sommeil, la respiration, l’équilibre émotionnel et le terrain global. Ce n’est pas une thérapie du deuil mais un appui corporel pendant la traversée.
Combien de temps avant de sentir un changement ?
Certaines personnes ressentent un apaisement rapidement. D’autres ont besoin de plusieurs semaines. Le corps a son propre tempo.
Est-ce normal que ces signes reviennent par vagues ?
Oui. Le corps suit souvent un mouvement cyclique.
“Quand les mots manquent au cœur, le corps prend la parole.”

Références
Porges, S. (2021). La théorie polyvagale. EDP Sciences
Cet ouvrage développe la théorie polyvagale, qui montre comment le système nerveux autonome en permanence la sécurité ou le danger et ajuste la respiration, le rythme cardiaque, le tonus musculaire et la digestion en conséquence.
Van der Kolk, B. (2018). Le corps n'oublie rien. Le cerveau, l'esprit et le corps dans la guérison du traumatisme. Albin Michel.
Cet ouvrage éclaire en profondeur la manière dont les chocs émotionnels et les traumatismes s'inscrivent dans le système nerveux et dans le corps, avec des manifestations physiques parfois déroutantes. Il soutient l'idée centrale de l'article selon laquelle le corps « parle » quand les mots manquent, et que les sensations (tensions, respiration, troubles digestifs) sont des réponses d'adaptation plutôt que des signes de faiblesse.
Fauré, C. (2018). Vivre le deuil au jour le jour. Albin Michel.
Ce livre propose un accompagnement très concret des personnes endeuillées, en décrivant la diversité des réactions possibles et les fluctuations dans le temps. Il vient appuyer la dimension « vagues » du deuil évoquée dans l'article, ainsi que la normalisation des manifestations physiques et émotionnelles qui vont et viennent au fil des semaines et des mois.
Fauré, C. (2007). Après le suicide d'un proche. Albin Michel.
Cet ouvrage aborde spécifiquement le deuil après suicide d'un proche, souvent plus complexe et plus chargé en culpabilité, sidération et symptômes physiques intenses. Il peut servir de référence pour signaler, en marge de l'article, que certaines situations (comme le suicide d'un proche) peuvent nécessiter ultérieurement un accompagnement plus spécifique et renforçant la nécessité d'une attention particulière aux signaux du corps.
Kübler-Ross, E. et Kessler, D. (2009). Sur le chagrin et le deuil. JC Lattes
En reprenant et en nuançant le modèle des « étapes » du deuil, ce texte montre que le processus n'est ni linéaire ni identique pour tout le monde. Il dialogue bien avec la métaphore de la vague et du rivage de l'article, en soulignant que le mouvement du deuil est fait d'allers-retours, de cycles, et que les manifestations physiques peuvent se modifier au fil de ces passages.
Odoul, M. (2022). Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi (édition augmentée). Albin Michel.
Praticien en shiatsu et fondateur de l'Institut Français de Shiatsu, Michel Odoul propose dans cet ouvrage, devenu un long-seller traduit en de nombreuses langues, une lecture symbolique et psycho-énergétique des manifestations corporelles. Fondé sur près de vingt ans de pratique et plusieurs milliers de consultations individuelles, le livre explore l'idée que les maux du corps expriment des tensions intérieures et peuvent être compris comme des « messages » porteurs de sens sur notre histoire émotionnelle et existentielle.
Ces références soulignent un point commun : le corps ne signale pas une défaillance, mais une tentative d’adaptation face à un bouleversement.
Elles rappellent aussi que le deuil ne se manifeste jamais de manière uniforme : certaines personnes ressentent très fort dans le corps, d’autres presque pas au début, et les deux sont des réponses possibles.
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